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Megawati Sukarnoputri chez Gloria Arroyo: deux voisines aux destins parallèles (AFP, 21/8/01)
Les deux femmes dirigeantes du Sud-Est asiatique, l'Indonésienne Megawati Sukarnoputri et la Philippine Gloria Arroyo se sont rencontrées mardi à Manille pour la première fois depuis leur accession récente et mouvementée au pouvoir dans les deux archipels voisins. Dans une région où la prédominance masculine est la règle, ces deux femmes sont parvenues toutes deux au faîte du pouvoir dans des circonstances tout à fait similaires profitant du discrédit ayant frappé les présidents en titre.
 A Manille, en janvier dernier, Joseph Estrada accusé de concussion et de favoritisme a été déchu du pouvoir par un soulèvement de la rue appuyé par les militaires.
A Jakarta, fin juillet, Abdurrahman Wahid, malade, a été contraint de s'effacer après avoir été lâché par ses alliés politiques qui lui reprochaient son incompétence et d'avoir été mêlé à deux scandales financiers ce qu'il a toujours nié.
 Mais l'étonnant parallélisme dans le destin de ces deux femmes, âgées toutes deux de 54 ans et mères toutes deux de 3 enfants, ne s'arrête pas là.
 En fait Megawati Sukarnoputri et Gloria Macapagal Arroyo se connaissent depuis l'enfance, à une époque où leurs pères également chef d'Etat à Jakarta et à Manille se fréquentaient et s'appréciaient.
 Le père de la présidente philippine, Diosdado Macapagal a été un "ami proche" de Sukarno, père de Mme Megawati, et fondateur de la république indonésienne indépendante, a rappelé le porte-parole de la présidente philippine, Rigoberto Tiglao.
 "Puisque nos pères étaient comme des frères, nous devrions être comme des soeurs", avait déclaré Mme Arroyo avant de recevoir Mme Megawati Sukarnoputri (ce qui en en indonésien signifie "fille de Sukarno").
 La présidente indonésienne a commencé mardi par Manille un périple qui doit la conduire dans neuf pays du sud-est asiatique membres de l'ASEAN (Forum des Pays de l'Asie du Sud-Est) qui compte, en outre, Brunei, le Cambodge, le Laos, la Malaisie, la Birmanie, Singapour, la Thaïlande et le Vietnam.
Mme Arroyo est "flattée que les Philippines aient été choisies par Mme Sukarnoputri comme première étape de son voyage", a souligné M. Tiglao.
 Au centre des entretiens entre les deux femmes d'Etat figuraient le resserrement des liens dans les domaines culturels et sociaux, mais aussi en matière de commerce et de pêche ainsi que la relance d'un plan visant à une intégration économique entre l'Indonésie, les Philippines, la Malaisie et Brunei, a souligné un communiqué officiel.
 Dans ces deux archipels voisins, les distances considérables sont une contrainte pour les pouvoirs politiques à Manille comme à Jakarta confrontés tous deux à des mouvements séparatistes attisés par les problèmes socio-économiques.
 L'Indonésie, plus grand pays musulman du monde, joue un rôle de médiateur pour aider les Philippines, seul pays à majorité catholique d'Asie, a résoudre la délicate question de la guérilla séparatiste islamique sur la grande île de Mindanao.
 Le 7 août, le principal mouvement rebelle philippin, le Front Moro islamique de libération (MILF), a signé en Malaisie, un pacte de cessez-le-feu avec les autorités de Manille. Au sein de l'Organisation de la Conférence islamique (OCI), l'Indonésie soutient les efforts des Philippines tout en veillant au bon déroulement des négociations de paix toujours en cours.

La Chine découvre effarée la traite des femmes et des enfants (AFP, 22/4/2000)
PEKIN, 22 avr (AFP) - La Chine a lancé au début du mois une grande opération policière contre la traite des femmes et des enfants, donnant une idée d'un phénomène que le régime communiste s'enorgueillait d'avoir éradiqué dans les années 1950.
 Egrenés par la presse officielle chinoise, les bilans fournis tour à tour par chaque province sont éloquents: 1.083 femmes et 504 enfants arrachés des griffes des souteneurs et des trafiquants dans la province méridionale du Guangdong, 1.600 femmes "sauvées" dans le Fujian (sud-est), 973 femmes et 59 enfants dans l'Anhui (est), 202 femmes et 25 enfants dans le Heilongjiang (nord-est), 113 femmes et 23 enfants dans le Gansu (nord), uniquement pour la période allant du 1er au 10 avril.
 Avec l'opération en cours, destinée à durer trois mois, le bilan pour cette année devrait être très largement supérieur aux 7.660 femmes et 1.814 enfants enlevés et vendus l'an dernier selon les statistiques officielles, soit 11,4% de plus qu'en 1998.
 Au coeur du battage médiatique se trouve Kang Ming'e, une Madone à l'enfant âgée de 15 ans, les yeux cachés par un bandeau noir, qui a fait les titres des journaux populaires avec une histoire résumant le drame que vivent des milliers de bébés et de jeunes filles.
 Enlevée à l'âge de 12 ans par un mineur du Hebei (nord), vendue pour 2.000 yuans (240 dollars) à un paysan qu'elle est forcée d'épouser, elle devient mère à 13 ans, avant d'être finalement "libérée" par la police deux ans plus tard.
 Son drame n'est guère différent de celui de Yu Mei, enlevée également à l'âge de 13 ans dans le nord-est de la Chine par un ami de son père qui s'empresse de la marier de force à un homme de 19 ans.
 Les deux jeunes filles, comme la plupart des victimes, font partie des dizaines de millions de migrants autorisés depuis les années 1980 à sillonner le pays dans l'espoir de sortir de la misère.
 Dans un pays où le fossé continue à grandir entre les riches et les laissés pour compte des réformes économiques, les migrants, utilisés comme main d'oeuvre bon marché, sont particulièrement vulnérables.
 Souvent en situation irrégulière, ils hésitent à alerter la police, surtout si l'enfant qui a été enlevé est de naissance non autorisée par le planning familial.
 La politique de contrôle des naissances, qui continue à imposer un seul enfant aux couples urbains et deux au maximum aux ruraux si le premier est une fille, a donné lieu à un fructueux commerce d'enfants, en général de sexe mâle, censés perpétuer la lignée.
 En janvier, la découverte, dans la province pauvre du Guizhou (sud-ouest), de 42 enfants enlevés à des familles de migrants, avait provoqué un vif émoi: des centaines de parents avaient aussitôt assiégé l'orphelinat de coups de fil pour réclamer leur progéniture, contraignant les autorités à annoncer une généralisation de l'utilisation de tests ADN pour éviter toute erreur.
 Le prix des enfants comme des jeunes filles est variable selon les provinces mais peut aller de 1.000 yuans (120 USD) à 10.000 yuans (1.200 USD. Les jeunes filles sont pour la plupart destinées à devenir les épouses de paysans incapables de payer la dot, toujours ruineuse en Chine.
 Mais alors que les trafiquants risquent de longues peines de prison, voire la peine de mort, les acheteurs ont jusqu'à présent été très rarement inquiétés.
 "Dans certaines régions, les gens ne pensent pas que vendre des êtres humains constitue un crime" reconnaissait Bai Jingfu, un responsable du bureau des enquêtes de la police, dans un article publié récemment par le Quotidien du Peuple.
 Quant au Quotidien des Lois de Pékin, il relevait dernièrement que la lutte contre la traite des femmes et des enfants remonte en fait à 1987. Depuis cette date, les campagnes de répression se sont multipliées, en moyenne tous les deux ou trois ans, manifestement sans parvenir à enrayer le problème.

Clinton témoin du combat des femmes dans l'Inde rurale (AFP, 23/3/2000)
NAYLA (Inde), 23 mars (AFP) - A des années-lumière de Washington dans un village du désert du Rajasthan, le président Bill Clinton a écouté jeudi des femmes indiennes lui raconter comment elles surmontent pauvreté et discrimination pour prendre en main leur propre vie.
 M. Clinton a reçu, au troisième jour de sa visite en Inde, un accueil enthousiaste à Nayla, à 18 km de Jaipur, où des femmes qui il y a peu encore auraient été cloîtrées chez elles, sous le voile, lui ont montré qu'elles se servaient d'ordinateurs pour gérer une coopérative laitière et lançaient un service internet pour leur village.
 Une vingtaine de femmes rajasthanies, en robes rouges traditionnelles, la tête couverte, ont accueilli le président américain, au son de tambours sur lesquels tapaient des hommes, en lui mettant autour du cou une guirlande de soucis jaunes et l'arrosant de pétales de fleurs rouges.
 Elle ont échangé avec lui le "namaste", le bonjour donné les paumes jointes, avant de lui serrer la main, du rarement vu dans une société encore largement féodale.
 C'est dans la résidence médiévale d'un ancien chef du village transformée en centre de soins pour femmes, que M. Clinton a écouté pendant une heure un cercle de villageoises lui expliquer comment elles parvenaient petit à petit à passer outre aux pressions sociales.
 D'abord réservé, puis admiratif, le président américain a été visiblement impressionné par le récit de Shakuntala Devi qui, se hissant de la plus totale pauvreté, a participé à la fondation d'une coopérative de femmes et vient d'être élue au conseil du village.
 "Je suis certain que vous l'emporterez quelle que soit l'élection à laquelle vous serez candidate", lui a dit M. Clinton en souriant.
 Santosh Devi, 49 ans, a expliqué qu'elle avait été mariée à 17 ans, veuve avec deux enfants à 22 ans, et avait refusé de se remarier pour mettre sur pied une coopérative laitière où les femmes font usage d'ordinateurs pour la comptabilité.
 "J'ai pensé que si des hommes pouvaient gérer une laiterie, pourquoi pas des femmes?", a-t-elle raconté. "Aujourd'hui, mon père qui voulait me marier au plus jeune frère de mon mari me consulte d'abord, avant mes frères, lorsqu'il doit prendre une décision".
 Vêtu de façon informelle, chemise grise à manches courtes et pantalon noir, le président américain a écouté, posé des questions, notamment sur l'attitude des hommes face à la prise de conscience de leurs femmes, avant de s'exclamer : "Ce que vous faites est stupéfiant".
 "Beaucoup ici sont pauvres mais vous prouvez que la démocratie peut être utilisée pour aider les pauvres et mettre fin à la discrimination contre les femmes", a-t-il dit.
 Expliquant qu'il avait fallu longtemps pour que les femmes puissent voter et que l'esclavage soit aboli aux Etats-Unis, M. Clinton a demandé aux femmes de ne pas perdre espoir "lorsque les choses ne changeront pas aussi vite que vous le voulez. Il est facile de se décourager".
 M. Clinton a reçu une carte faisant de lui un membre de la coopérative laitière du village. Avant de repartir, il a dansé au milieu d'un cercle de femmes qui l'ont de nouveau arrosé de pétales de fleurs.
 "Je viens de rencontrer le roi du monde", mais il est "gentil, simple et humble", a dit Santosh Devi à l'AFP, expliquant que M. Clinton avait été impressionné par les ordinateurs de la coopérative.
 Le président américain a aussi été témoin de l'inauguration d'un service internet par une femme analphabète à qui on avait appris les rudiments de l'informatique deux jours auparavant.
 Passant deux heures dans le village au lieu d'une comme prévu avant d'aller visiter le fort de Jaipur et une réserve de tigres, M. Clinton a parcouru les rues de Nayla et serré les mains de centaines d'habitants.

visite officielle en Inde, Bill Clinton dans le village de Naila, dans la province du Rajahstan
 

Nombreuses exactions commises contre les femmes en 99 (AFP, 9/3/2000)
De nombreuses femmes et fillettes, notamment d'ethnies minoritaires hazara et tadjike, ont été enlevées de force et ont été victimes d'exactions, par les taliban, en 1999 lors de leurs offensives dans le centre et le nord de l'Afghanistan, indique un rapporteur de l'ONU.Kamal Hossain, s'appuyant sur des témoignages "de première main" recueillis auprès de réfugiés ou de déplacés au cours de trois missions en Afghanistan et dans la région, décrit ces violations, dans un rapport qui sera présenté à la prochaine session de la
Commission des droits de l'homme débutant le 20 mars à Genève.Le rapporteur y évoque plus généralement une "détérioration" des droits des femmes, aggravée par une situation économique catastrophique et la privation des droits sociaux et économiques.
"Le droit à la liberté de mouvement reste extrêmement restreint pour les femmes et celles-ci ont un accès très limité à l'emploi ou à
l'éducation", écrit-il. Lorsque les taliban (principalement d'ethnie pachtoune, majoritaire dans le pays) ont occupé des territoires au centre et au nord de l'Afghanistan, des femmes hazara et tadjikes des régions de Mazar-E-Sharif, Pul-E-Khumri (nord) et de Chamali (nord de Kaboul), ont été emmenées de force à bord de camions et la plupart ne sont pas revenues dans leurs villages, rapporte M. Hossain. Des témoins, indique le rapporteur, affirment que certaines femmes et leurs filles ont été blessées ou tuées en tentant de sauter de ces camions. D'autres disent avoir vu des camions chargées de femmes afghanes sur la route menant à Kandahar (sud-est), Jalalabad (est) et au Pakistan, pour y être, selon eux, livrées à la prostitution. Selon des témoignages de femmes venant des régions de Kaboul, Mazar-E-Sharif et de Chamali, les taliban pénétraient dans les habitations et forçaient les femmes à conclure un contrat de mariage avec eux, à moins de pouvoir leur donner d'importantes sommes d'argent. Pour échapper à ce sort, beaucoup de familles de la région de Chamali ont fait partir leurs filles avec des groupes de personnes déplacées et cherchant à se réfugier au Pakistan.
"Il existerait des prisons de femmes à Kandahar, Kaboul et Mazar-E-Sharif" où seraient détenues "sans motif formel" de
nombreuses femmes originaires des régions pré-citées, et également du Hazarajat et du Bamyan (centre) et de la vallée du Panchir
(nord de Kaboul). Cette vallée et la plaine de Chamali constituent le bastion traditionnel du commandant Ahmed Shah Massoud,
principal opposant des taliban.
M. Hossain s'est rendu à trois reprises dans la région en mars 99, en mai, puis en septembre. En Afghanistan, il a pu se rendre à
Kandahar (sud-est) et à Kaboul, mais n'a jamais reçu l'autorisation de se rendre dans la zone montagneuse du Bamyan (centre)
pour enquêter sur des allégations de violations graves des droits de l'homme.
A Kandahar, le rapporteur s'était entretenu avec le chef suprême des taliban, le mollah Mohammad Omar, avant de rencontrer
d'autres dirigeants taliban à Kaboul. Il a par ailleurs rencontré le commandant Massoud à Douchanbé (Tadjikistan) et Taloqan (au
nord de l'Afghanistan).
Exécution de civils y compris de femmes et d'enfants, incendie d'habitations et de terres agricoles, déplacements forcés de
populations, détentions arbitraires et travail forcé, ont été le lot de la population du Hazarajat (centre) lors de l'offensive des taliban,
au printemps, selon le rapporteur.
"Toutes ces pratiques qui constituent de graves violations des droits de l'homme", souligne-t-il, se sont répétées après l'offensive
terrestre et aérienne des taliban, le 28 juillet 99, dans la plaine de Chamali et dans le nord-est.