La Chine découvre effarée la traite des femmes et des
enfants (AFP, 22/4/2000)
PEKIN, 22 avr (AFP) - La Chine a lancé au début du mois
une grande opération policière contre la traite des femmes
et des enfants, donnant une idée d'un phénomène que
le régime communiste s'enorgueillait d'avoir éradiqué
dans les années 1950.
Egrenés par la presse officielle chinoise, les bilans
fournis tour à tour par chaque province sont éloquents: 1.083
femmes et 504 enfants arrachés des griffes des souteneurs et des
trafiquants dans la province méridionale du Guangdong, 1.600 femmes
"sauvées" dans le Fujian (sud-est), 973 femmes et 59 enfants dans
l'Anhui (est), 202 femmes et 25 enfants dans le Heilongjiang (nord-est),
113 femmes et 23 enfants dans le Gansu (nord), uniquement pour la période
allant du 1er au 10 avril.
Avec l'opération en cours, destinée à durer
trois mois, le bilan pour cette année devrait être très
largement supérieur aux 7.660 femmes et 1.814 enfants enlevés
et vendus l'an dernier selon les statistiques officielles, soit 11,4% de
plus qu'en 1998.
Au coeur du battage médiatique se trouve Kang Ming'e,
une Madone à l'enfant âgée de 15 ans, les yeux cachés
par un bandeau noir, qui a fait les titres des journaux populaires avec
une histoire résumant le drame que vivent des milliers de bébés
et de jeunes filles.
Enlevée à l'âge de 12 ans par un mineur du
Hebei (nord), vendue pour 2.000 yuans (240 dollars) à un paysan
qu'elle est forcée d'épouser, elle devient mère à
13 ans, avant d'être finalement "libérée" par la police
deux ans plus tard.
Son drame n'est guère différent de celui de Yu
Mei, enlevée également à l'âge de 13 ans dans
le nord-est de la Chine par un ami de son père qui s'empresse de
la marier de force à un homme de 19 ans.
Les deux jeunes filles, comme la plupart des victimes, font partie
des dizaines de millions de migrants autorisés depuis les années
1980 à sillonner le pays dans l'espoir de sortir de la misère.
Dans un pays où le fossé continue à grandir
entre les riches et les laissés pour compte des réformes
économiques, les migrants, utilisés comme main d'oeuvre bon
marché, sont particulièrement vulnérables.
Souvent en situation irrégulière, ils hésitent
à alerter la police, surtout si l'enfant qui a été
enlevé est de naissance non autorisée par le planning familial.
La politique de contrôle des naissances, qui continue à
imposer un seul enfant aux couples urbains et deux au maximum aux ruraux
si le premier est une fille, a donné lieu à un fructueux
commerce d'enfants, en général de sexe mâle, censés
perpétuer la lignée.
En janvier, la découverte, dans la province pauvre du
Guizhou (sud-ouest), de 42 enfants enlevés à des familles
de migrants, avait provoqué un vif émoi: des centaines de
parents avaient aussitôt assiégé l'orphelinat de coups
de fil pour réclamer leur progéniture, contraignant les autorités
à annoncer une généralisation de l'utilisation de
tests ADN pour éviter toute erreur.
Le prix des enfants comme des jeunes filles est variable selon
les provinces mais peut aller de 1.000 yuans (120 USD) à 10.000
yuans (1.200 USD. Les jeunes filles sont pour la plupart destinées
à devenir les épouses de paysans incapables de payer la dot,
toujours ruineuse en Chine.
Mais alors que les trafiquants risquent de longues peines de
prison, voire la peine de mort, les acheteurs ont jusqu'à présent
été très rarement inquiétés.
"Dans certaines régions, les gens ne pensent pas que vendre
des êtres humains constitue un crime" reconnaissait Bai Jingfu, un
responsable du bureau des enquêtes de la police, dans un article
publié récemment par le Quotidien du Peuple.
Quant au Quotidien des Lois de Pékin, il relevait dernièrement
que la lutte contre la traite des femmes et des enfants remonte en fait
à 1987. Depuis cette date, les campagnes de répression se
sont multipliées, en moyenne tous les deux ou trois ans, manifestement
sans parvenir à enrayer le problème.
Clinton témoin du combat des femmes dans l'Inde rurale
(AFP, 23/3/2000)
NAYLA (Inde), 23 mars (AFP) - A des années-lumière de
Washington dans un village du désert du Rajasthan, le président
Bill Clinton a écouté jeudi des femmes indiennes lui raconter
comment elles surmontent pauvreté et discrimination pour prendre
en main leur propre vie.
M. Clinton a reçu, au troisième jour de sa visite
en Inde, un accueil enthousiaste à Nayla, à 18 km de Jaipur,
où des femmes qui il y a peu encore auraient été cloîtrées
chez elles, sous le voile, lui ont montré qu'elles se servaient
d'ordinateurs pour gérer une coopérative laitière
et lançaient un service internet pour leur village.
Une vingtaine de femmes rajasthanies, en robes rouges traditionnelles,
la tête couverte, ont accueilli le président américain,
au son de tambours sur lesquels tapaient des hommes, en lui mettant autour
du cou une guirlande de soucis jaunes et l'arrosant de pétales de
fleurs rouges.
Elle ont échangé avec lui le "namaste", le bonjour
donné les paumes jointes, avant de lui serrer la main, du rarement
vu dans une société encore largement féodale.
C'est dans la résidence médiévale d'un ancien
chef du village transformée en centre de soins pour femmes, que
M. Clinton a écouté pendant une heure un cercle de villageoises
lui expliquer comment elles parvenaient petit à petit à passer
outre aux pressions sociales.
D'abord réservé, puis admiratif, le président
américain a été visiblement impressionné par
le récit de Shakuntala Devi qui, se hissant de la plus totale pauvreté,
a participé à la fondation d'une coopérative de femmes
et vient d'être élue au conseil du village.
"Je suis certain que vous l'emporterez quelle que soit l'élection
à laquelle vous serez candidate", lui a dit M. Clinton en souriant.
Santosh Devi, 49 ans, a expliqué qu'elle avait été
mariée à 17 ans, veuve avec deux enfants à 22 ans,
et avait refusé de se remarier pour mettre sur pied une coopérative
laitière où les femmes font usage d'ordinateurs pour la comptabilité.
"J'ai pensé que si des hommes pouvaient gérer une
laiterie, pourquoi pas des femmes?", a-t-elle raconté. "Aujourd'hui,
mon père qui voulait me marier au plus jeune frère de mon
mari me consulte d'abord, avant mes frères, lorsqu'il doit prendre
une décision".
Vêtu de façon informelle, chemise grise à
manches courtes et pantalon noir, le président américain
a écouté, posé des questions, notamment sur l'attitude
des hommes face à la prise de conscience de leurs femmes, avant
de s'exclamer : "Ce que vous faites est stupéfiant".
"Beaucoup ici sont pauvres mais vous prouvez que la démocratie
peut être utilisée pour aider les pauvres et mettre fin à
la discrimination contre les femmes", a-t-il dit.
Expliquant qu'il avait fallu longtemps pour que les femmes puissent
voter et que l'esclavage soit aboli aux Etats-Unis, M. Clinton a demandé
aux femmes de ne pas perdre espoir "lorsque les choses ne changeront pas
aussi vite que vous le voulez. Il est facile de se décourager".
M. Clinton a reçu une carte faisant de lui un membre de
la coopérative laitière du village. Avant de repartir, il
a dansé au milieu d'un cercle de femmes qui l'ont de nouveau arrosé
de pétales de fleurs.
"Je viens de rencontrer le roi du monde", mais il est "gentil,
simple et humble", a dit Santosh Devi à l'AFP, expliquant que M.
Clinton avait été impressionné par les ordinateurs
de la coopérative.
Le président américain a aussi été
témoin de l'inauguration d'un service internet par une femme analphabète
à qui on avait appris les rudiments de l'informatique deux jours
auparavant.
Passant deux heures dans le village au lieu d'une comme prévu
avant d'aller visiter le fort de Jaipur et une réserve de tigres,
M. Clinton a parcouru les rues de Nayla et serré les mains de centaines
d'habitants.
visite officielle en Inde, Bill Clinton dans le village de Naila, dans
la province du Rajahstan
Nombreuses exactions commises contre les femmes en 99 (AFP, 9/3/2000)
De nombreuses femmes et fillettes, notamment d'ethnies minoritaires
hazara et tadjike, ont été enlevées de force et ont
été victimes d'exactions, par les taliban, en 1999 lors de
leurs offensives dans le centre et le nord de l'Afghanistan, indique un
rapporteur de l'ONU.Kamal Hossain, s'appuyant sur des témoignages
"de première main" recueillis auprès de réfugiés
ou de déplacés au cours de trois missions en Afghanistan
et dans la région, décrit ces violations, dans un rapport
qui sera présenté à la prochaine session de la
Commission des droits de l'homme débutant le 20 mars à
Genève.Le rapporteur y évoque plus généralement
une "détérioration" des droits des femmes, aggravée
par une situation économique catastrophique et la privation des
droits sociaux et économiques.
"Le droit à la liberté de mouvement reste extrêmement
restreint pour les femmes et celles-ci ont un accès très
limité à l'emploi ou à
l'éducation", écrit-il. Lorsque les taliban (principalement
d'ethnie pachtoune, majoritaire dans le pays) ont occupé des territoires
au centre et au nord de l'Afghanistan, des femmes hazara et tadjikes des
régions de Mazar-E-Sharif, Pul-E-Khumri (nord) et de Chamali (nord
de Kaboul), ont été emmenées de force à bord
de camions et la plupart ne sont pas revenues dans leurs villages, rapporte
M. Hossain. Des témoins, indique le rapporteur, affirment que certaines
femmes et leurs filles ont été blessées ou tuées
en tentant de sauter de ces camions. D'autres disent avoir vu des camions
chargées de femmes afghanes sur la route menant à Kandahar
(sud-est), Jalalabad (est) et au Pakistan, pour y être, selon eux,
livrées à la prostitution. Selon des témoignages de
femmes venant des régions de Kaboul, Mazar-E-Sharif et de Chamali,
les taliban pénétraient dans les habitations et forçaient
les femmes à conclure un contrat de mariage avec eux, à moins
de pouvoir leur donner d'importantes sommes d'argent. Pour échapper
à ce sort, beaucoup de familles de la région de Chamali ont
fait partir leurs filles avec des groupes de personnes déplacées
et cherchant à se réfugier au Pakistan.
"Il existerait des prisons de femmes à Kandahar, Kaboul et Mazar-E-Sharif"
où seraient détenues "sans motif formel" de
nombreuses femmes originaires des régions pré-citées,
et également du Hazarajat et du Bamyan (centre) et de la vallée
du Panchir
(nord de Kaboul). Cette vallée et la plaine de Chamali constituent
le bastion traditionnel du commandant Ahmed Shah Massoud,
principal opposant des taliban.
M. Hossain s'est rendu à trois reprises dans la région
en mars 99, en mai, puis en septembre. En Afghanistan, il a pu se rendre
à
Kandahar (sud-est) et à Kaboul, mais n'a jamais reçu
l'autorisation de se rendre dans la zone montagneuse du Bamyan (centre)
pour enquêter sur des allégations de violations graves
des droits de l'homme.
A Kandahar, le rapporteur s'était entretenu avec le chef suprême
des taliban, le mollah Mohammad Omar, avant de rencontrer
d'autres dirigeants taliban à Kaboul. Il a par ailleurs rencontré
le commandant Massoud à Douchanbé (Tadjikistan) et Taloqan
(au
nord de l'Afghanistan).
Exécution de civils y compris de femmes et d'enfants, incendie
d'habitations et de terres agricoles, déplacements forcés
de
populations, détentions arbitraires et travail forcé,
ont été le lot de la population du Hazarajat (centre) lors
de l'offensive des taliban,
au printemps, selon le rapporteur.
"Toutes ces pratiques qui constituent de graves violations des droits
de l'homme", souligne-t-il, se sont répétées après
l'offensive
terrestre et aérienne des taliban, le 28 juillet 99, dans la
plaine de Chamali et dans le nord-est.